| « TROIS POUR QUATRE ET ON RESTE AMIS » |
Afin de remplir les diverses conditions sanitaires pour l’exportation de nos animaux, il y avait lieu de procéder à la vaccination anti rabique des 3 félins.
Etant donné que cette vaccination n’était nullement obligatoire en Suisse, mais qu’elle le devenait pour le transit dans d’autres pays, je priais le pays expulsateur…non, pardon, exportateur, de bien vouloir me fournir le vétérinaire de leur choix pour cette formalité. Sur trois propositions, une seule me paraissait sérieuse et le rendez-vous fût pris.
Le vétérinaire se présenta au portail du parc, équipé d’une magnifique petite valise de cuir, dans le style « Old West Ranch » ou « Dr Jivago ». J’espérais qu’il n’avait pas apporté une arbalète ou un tromblon pour la vaccination.
Il était accompagné de deux jeunes filles paraissant très impressionnées et inquiètes pour les gros minets qu’elles venaient de découvrir et qu’il faudrait enlacer et serrer très fort contre elles pour l’injection.
Je les accueillais avec le sourire au portail et les conduisit près des enclos, afin qu’ils puissent contempler de plus près les gros nounours. Le véto ne disant plus rien et les deux gosses palissant à vue d’œil.
Je rompis le silence en proposant « Bon, Eh bien, allons-y » en m’adressant au véto, lui demandant « avez-vous le matériel ? »
Il sortit de sa sacoche à la fermeture grinçante trois petites burettes, enfin flacons, et me les tendit.
Je regardais ces flacons et lui demandais s’il s’agissait d’un nouveau vaccin buccal.
« non, non, fit-il, c’est un produit qui doit être injecté »
« Bon, alors, avez-vous la seringue ? »
Très embarrassé, ce dernier me répondit par la négation en enchaînant immédiatement « mais vous, vous n’avez pas le matériel ?
Je pris ma plus jolie grosse voix pour lui répondre « m’enfin, c’est vous le vétérinaire, c’est pas moi, non ? »
Gêné, il me répondit « oui, mais j’ai pas le matériel pour ces animaux et je ne peux pas les vacciner avec une simple seringue, n’est-ce pas ? »
« Ouais, bon, fini de rigoler, je vais vous le chercher mon matériel. Désirez-vous la sarbacane ou le fusil ? »
Le visage du véto s’illumina d’un sourire angélique. Les gamines viraient du blanc mat au blanc rosé et moi je me marrais (à l’intérieur, seulement).
« Alors Docteur, sarbacane ou fusil ? »
La tête basse il s’approcha de moi et à la façon De Funes me marmonna un truc incompréhensif. « Pardon ? je n’ai pas compris… »
« Je disais que je ne savais pas, je n’ai jamais utilisé ni la sarbacane, ni le fusil »
« Bon, alors Docteur, fallait le dire tout de suite » et décidant d’en terminer avec mon petit jeu où à chaque parole mon bon véto diminuait d’environ 2 à 3 cm., je lançais comme le Grand Neron aux jeux du cirque (ça c’est plus vieux que la valise du véto).
« Alors, mon brave, je vais vous faire ce travail ». Alors là, c’était Hollywood, enfin juste les studios. Le visage du véto étincelait de mille bougies…(vous savez 1000 bougies ça éclaire bien déjà). Les petites variant du rose pâle au rose bonbon et le SHANGOR, mon bon lion commençait à me regarder d’un œil qui n’appelait pas le véritable amour, ni même la tendresse. La KHENYA, sa sœur cherchait la sortie de secours, quant à CHOUCAS, la tigresse, elle attendait qu’un de ces Etrangers lui tournent le dos pour lui pisser contre.
Je déployais mon matériel d’une valise à la 007 James Bond où tout le matériel de guerre aux microbes était aligné comme chez les militaires.
Le véto n’en croyait pas ses yeux, on aurait dit un gamin devant un train électrique. Il se redressa, s’allongea (oui, mais pas beaucoup) et me dit avec une assurance presque déconcertante « je vais quand même faire quelque chose….Je vais mettre le produit dans vos seringues automatiques. »
Ben voyons, c’est ça la collaboration étroite. Tremblotant, il parvint à charger la première dose.
Je chargeais le gaz, positionnant ma flèche et me mettant en joue, envoyant mon premier tir dans les belles fesses de ma CHOUCAS adorée. Elle se retourna et bien sûre se mit à aboyer contre les deux fillottes qui croyaient que l’on venait de vacciner le lion. Au suivant.
KHENYA n’avait pas trouvé la poignée de la porte de sortie de secours et eut droit à un tout gros moustique dans son somptueux fessier.
Quant à SHANGOR, ce bâtard, il cassait mon coup vis à vis des jeunes filles et avait réussi à faire rire jaune le Toubib ; au moment où la flèche parti, il fit un bond sur le côté comme les danseurs à la Télé et me chargea. Je fis semblant de l’ignorer et pria le véto de me recharger une nouvelle seringue tout en essayant de l’accuser d’avoir bougé et fait peur au lion (normal, il faut un fautif). Je pris un air détendu, redressa et scrutant le ciel avec insistance, tout le monde évidemment à regardé en l’air…Hé oui, même le lion, c’est une vraie concierge … et alors ?
Hé bien, il a pris sa fléchette dans les fesses comme tout le monde (bien fait, il n’avait qu’à être à son affaire).
Nos touristes sont alors repartis, contents et surtout heureux de ne pas s’être fait bouffer. C’était fini ?
Non, non, c’était pas fini….
J’ai reçu la facture. Elle disait : trois vaccinations.
Main d’œuvre, déplacement et fournitures Fr. 308.-.
J’ai téléphoné au Toubib. On a peu parlé, mais on s’est compris, enfin il m’a compris plutôt.
Je lui ai simplement rappelé ce que coûte une dose de vaccin et que lorsqu’on est en vacances ou en voyage d’agrément, on ne fait pas payer le travail et qu’on s’est quand même bien marré ce jour là.
En souvenir, il m’a déduit Fr. 120.-
Merci Toubib, c’est Fr. 120.- dans la caisse pour la viandes des Gamins et on reste Amis.