Lundi 27 juillet 1998.

UNE TIGRESSE ET UNE LIONNE VIVENT UNE RETRAITE FELINE EN PAYS GENEVOIS

    Dans la campagne genevoise, des bénévoles gèrent un refuge pour vieux fauves. Ils espèrent déménager sur un site plus grand, mais n'ont pas reçu à ce jour de feu vert administratif.

    "Chez nous, les animaux ne travaillent pas; c'est nous qui travaillons." Alain Gross résume ainsi l'esprit "Panthera". Sous ce nom, il faut imaginer un "refuge destiné à accueillir de vieux fauves", comme le spécifie un document disponible sur le site. Né de la motivation d'un noyau de bénévoles, "Panthera" se trouve dans la campagne genevoise.

    "On a commencé en 1993", explique M. Gross qui n'est pas novice. Cela fait 17 ans qu'il côtoie des bêtes. Aujourd'hui, le bout de coteau sur lequel il veille abrite deux cages et deux roulottes attenantes. Sur ce coin de terre se dressent une tente et une structure habillée de plastique, le "bureau". "C'est là qu'on vit été comme hiver", souligne la cheville ouvrière de "Panthera". Le tout pour s'occuper de Choucas et de Simba, comme naguère de King.

LE CHIEN AIME LA TIGRESSE

Animaux insolites à Genève.jpg (34855 octets)     King, ancien lion de cirque, est décédé en 1997 d'une tumeur intestinale à l'âge de 21 ans. Restent Simba, une lionne de 16 ans, et Choucas, une tigresse âgée de 9 ans. Sans oublier Circus, le berger allemand. "Le chien est amoureux de la tigresse", révèle Alain Gross. "On lui a dit que c'était impossible", ajoute-t-il avec humour.

    Le nom du chien rappelle que c'est l'univers des "cirqueux" qui a tout déclenché. "Panthera" assure une retraite paisible à des fauves en fin de carrière et/ou ne pouvant plus être mis avec des congénères. Mais cela n'implique pas que le havre genevois héberge forcément des ex-stars de la piste ayant franchi des cerceaux enflammés. "La tigresse", raconte celui qui veille sur elle, "n'avait pas le sens du travail". Et Simba n'a pas été non plus une artiste de cirque.

    En tout cas, il s'agit de bêtes nées en captivité qui estime leur détenteur, "n'auraient pas 48 heures de survie dans la nature" si d'aventure on les y relâchait. "A 3 ans, Choucas n'avait jamais posé ses pattes dans l'herbe", raconte- t-il, se rappelant les premiers pas malhabiles de la tigresse sur les graminées.

TROIS RÈGLES À RESPECTER

    "Elle est notre cas social", affirme M. Gross au sujet de Choucas. "C'est une gentille bête", précise-t-il, "et elle est joueuse". Un moment encore, et la voilà qui se roule au sol tel un chat. Geste faisant dire à l'habitué des félins que "le fauve est un chat grandeur nature". Phrase collant aussi à une Simba en forme. "Elle se porte même un peu trop bien", nuance M. Gross qui la juge grassouillette.
 

    Le bien-être des bêtes, d'après lui, dépend de trois règles: "hygiène militaire", diète équilibrée et respect. Sur place, d'ailleurs, ça ne sent pas le fauve. "Nous parcourons 250 kilomètres aller et retour", poursuit M. Gross, "pour chercher notre viande". Pas des bricoles. Un lion mange entre 10 et 12 kilos de viande fraîche par jour. Masse à laquelle s'ajoutent des sels minéraux complémentaires. Dans la nature, un fauve dévore les viscères d'une proie, où il puise de précieux sels minéraux qui lui font donc défaut en captivité. Et même si on lui donne à manger, apprivoiser une bête sauvage n'équivaut pas à la domestiquer. Nul n'entre dans la cage de Choucas si elle y est. On ne se hasarde pas dans la roulotte de Simba sans avoir bloqué la lionne dans son parc, grille close. C'est plus sûr et on ne viole pas le territoire de l'animal.

À QUAND UN SITE PLUS GRAND?

    Apprivoiser les humains réserve des surprises. Les liens avec le vigneron qui prête gracieusement un peu de terrain et avec le voisinage sont excellents. De même ceux de "Panthera" avec les services vétérinaires. Mais un projet de déplacer le refuge .dans une commune proche sur une aire plus étendue où bâtir des abris extérieurs pour recevoir définitivement les animaux se heurte à des obstacles administratifs cantonaux. Le type de terrain choisi poserait un problème quant à son affectation à la détention d'animaux sauvages. Selon Alain Gross, "à Genève, notre action dérange". "La situation est triste", affirme-t-il. Il a pris des contacts en France voisine. "Je ne sais pas quel sera notre avenir", conclut-il.

MARC-OLIVIER PARLATANO

Les précédents articles de cette série sont parus les 7, 13 et 19 juillet 1998