LUNDI 9 NOVEMBRE 1998.
RECHERCHE CAGE POUR FAUVES ABANDONNES
Même s'il heberge déjà une tigresse et une lionne, le Genevois Alain Gross aurait bien pris en pension les deux lions du zoo incendié de La Rasse (VS). L'administration refuse.
Dans la campagne genevoise, Alain Gross a le coeur gros. Tout d'abord, l'administration cantonale l'empêche de déménager ses deux fauves à Choulex, malgré l'accord de principe que lui avait délivré madame le maire. Mais, alors qu'il y consacre tout son temps libre et la plus grande partie de ses revenus, Alain aurait bien hébergé "Khenya" et "Shangor", les deux lions du zoo de La Rasse (VS), incendié par son directeur. Lui faudra-t-il 's'exiler en France ?
" Les lions de La Rasse, je les aurais pris, mais
l'administration m'en empêche." Alain Gross est amer. Lorsqu'il a appris
que les lions du Bat-Zoo de La Rasse (VS) cherchait refuge après l'incendie
volontaire du 17 août dernier ce commerçant genevois n'a pas hésité : il voulu
prendre en charge " Khenya " et " Shangor ", frère et soeur
de 7 an et demi, les deux fauves offerts par le Cirque Knie au Baby-Zoo.
Alain Gross a été initié depuis son enfance à lamour des animaux par le passage du Cirque Knie sur la plaine de Plainpalais. Cet électronicien s'y connaît en fauves. Les aimer, les servir, c'est là son sacerdoce. Avec son épouse, il soccupe en permanence depuis trois ans dun tigre et d'une lionne à Carre lAval, dans la campagne genevoise. Pour ces bêtes, l'homme est comme un pére de famille nombreuse prêt à tous les sacrifices, il assure en cas de coups durs : " Les fauves, ça ne coûte pas si cher que cela si lon sait se débrouiller."
Les enfants de "King" et "Simba"
D'ailleurs il se présente comme "papa" quand il approche "Choucas", une tigresse de 9ans. " Choucas" la tigresse, Alain Gross l'a sortie des griffes d'un dompteur français qui en faisait peu de cas car elle ne s'entendait pas avec une autre bête. Dans la cage à côté, il y a "Simba", une lionne de 16 ans, la mère des deux fauves du Baby-Zoo. Elle est aussi une ancienne de chez Knie, comme "King", mort d'un cancer en décembre dernier. Son maître l'a accompagné dans ses derniers moments, Le lion est mort la tête sur les genoux d'Alain Gross.
Pas de vacances, pas de week-ends. Les journées commencent à 5 h 30, elles se terminent à 22 h. Il faut s'occuper des bêtes puis retourner en ville pour ouvrir le magasin (hi-fi, radio, télévision). Un fauve, cela mange tous les jours 10 kilos de viande. La tigresse et la lionne d'Alain Gross lui coûtent chacune au bas mot 10 000 francs par an." Je trouverai l'argent nécessaire pour entretenir aussi " Khenya " et " Shangor ", les enfants de "Simba" et "King." "
Déplacer des montagnes... de viande
Pour trouver à bon prix de la viande pour ses félins, Alain Gross remuerait des montagnes - en l'occurrence, il s'en va toutes les trois semaines à l'abattoir de Fribourg acheter deux carcasses de vaches impropres à la consommation humaine. Déplacer des montagnes de viande ne suffit pas; les fauves de l'association Panthera sont désespérément à la recherche d'un nouveau coin pour installer leurs cages.
" Nous devons quitter la propriété
privée qui nous a très aimablement accueillis pendant trois ans. J'ai trouvé
une place à Choulex, mais l'administration met son veto, alors je pense partir
en France." Il a le cur gros, Alain Gross. Tout allait pour le mieux
à Choulex, qui était prêt à mettre un tigre dans son voisinage : le terrain
se prêtait bien au projet. Mieux, les voisins étaient d'accord (avoir des fauves
près de chez soi, cela fait plaisir aux enfants) et madame le maire de Choulex
(970 habitants), Christiane Jousson, encourageait elle-même l'installation des
cages aux fauves. "Je me suis fait taper sur les doigts, regrette madame
le maire, la parcelle où devaient être installées les cages est classée en zone
agricole et je ne peux faire une demande de déclassement. " Les enfants
de Choulex n'iront donc pas voir les fauves près du stade. Et pourtant la parcelle
classée en zone agricole n'est occupée par aucune culture et les arbres s'y
font rares.
Alain Gross rugit. Le conseiller d'Etat Laurent Moutinot lui a fait part dès le début de l'année du refus tout en affirmant qu'il restait sensible aux buts louables qu'il poursuit. "L'importance du projet de M. Gross ne justifie aucune dérogation ", insiste le conseiller d'Etat. Cela fait une belle jambe à l'ami des bêtes, mais pas un logement pour ses protégés.
Fort d'un certificat français de capacités d'éleveur pour animaux non domestiques, Alain Gross cherche un terrain en France, loin, trop loin de son magasin, qui lui permet de gagner l'entrecôte pour ses fauves... Mais, pour l'instant il n'a rien à se mettre sous la dent.
Alain WALTHER