A Meinier, le sort de trois fauves
est toujours en suspens
Leur propriétaire entend s'installer en France voisine.
Les Meinites semblent bien cohabiter avec des fauves à la retraite depuis
bientôt trois ans. Quelques pas au Carre-d'Aval leur permettent de rencontrer
Shouka, tigresse du Bengale de onze ans, ainsi que Shengor et Kenya, lions, âgés
de neuf ans. Ces deux félidés proviennent du zoo de La Rasse
(Valais), où un incendie avait tout détruit en août 1998.
Beaucoup s'entendent sur la manière dont Alain Gross prend soin de ses
bêtes. «J'ai mis à sa disposition un emplacement sur mes
terres, étant entendu que c'est provisoire. Les animaux ne manquent
de rien et les cages sont extrêmement propres. Comme l'eau courante
n'est pas installée, il n'hésite pas à transporter lui-même
de lourdes barriques remplies d'eau, plusieurs fois par semaines», déclare
Yvan Bene, agriculteur à Meinier.
Lions «non grata» à Genève
Cependant, Alain Gross, le propriétaire de Shouka,
Shengor et Kenya, ne cache pas son amertume et sa colère. L'installation
définitive à Genève
de ces bêtes n'est pas du goût de tout le monde. «Mon rêve
est de créer un centre pour animaux à la retraite où je
pourrais recueillir de vieux fauves, mais aussi des lamas ou des chèvres»,
avoue Alain Gross. Seulement voilà, le Département de l'Aménagement,
de l'Equipement et du Logement (DAEL) s'est formellement opposé à trois
projets, prévus sur les communes de Collex-Bossy, Choulex et Satigny.
Laurent Moutinot, chef du DAEL, en explique la raison: «Effectivement,
des demandes d'autorisation m'ont été proposées, auxquelles
je n'ai pas répondu favorablement. Une pension pour fauves fatigués
ne fait pas partie des activités agricoles genevoises. L'engagement
de M. Gross est honorable, mais le canton est exigu.»
L'Office vétérinaire cantonal (OVC) ne veut pas non plus entrer
en matière en vue d'un emplacement définitif des bêtes
en territoire genevois. Alain Gross bénéficiait d'une autorisation
provisoire de détention d'animaux sauvages à Carre-d'Aval, non
reconductible, allant jusqu'au 31 décembre 1999. Il est vrai que le
protecteur des trois fauves avait promis de quitter les lieux en août
1999, au plus tard. L'intéressé peste: «C'est dommage d'être
Genevois, de s'acquitter de ses impôts et de ne trouver aucun appui
auprès de son propre canton. Devant. tant d'incompréhension,
j'ai décidé d'expatrier mes animaux en France voisine. J'ai donc
trouvé, il y a un peu
moins d'une année, une ancienne bergerie de plus de trois hectares, à 25
kilomètres de Genève.» Là encore, les approbations
françaises tardent. L'OVC vient donc de lui consentir, à titre
exceptionnel, une prolongation jusqu'au 1er mai 2000.
La France tarde
«J'ai dû demander une prorogation à l'OVC, car la Commission des Sites d'Annecy n'a pas encore émis un avis définitif à ma requête d'établissement en France voisine. En outre, le préfet de Haute-Savoie doit encore donner son aval. Puis le projet devra être examiné par le CITES à Paris et enfin avalisé par les Ministères de l'Environnement et de l'Agriculture, ainsi que les services vétérinaires français. Avec autant d'attentes interminables, j'espère que le propriétaire du terrain ne perdra pas patience», précise Alain Gross, inquiet de la tournure des événements. Devant tant d'incertitude quant au sort de ces bêtes, il conclut: «Ces trois fauves sont comme mes gamins. Les soigner représente un gros investissement en temps et en énergie. Mais je continuerai contre vents et marées.» Même s'il avoue parfois un certain découragement... ■